Home / BLOG / Ah bon!? / Vers une spiritualité sans Dieu?

Vers une spiritualité sans Dieu?

Lettre ouverte à Lytta Basset et François-Xavier Amherdt

Un sujet des plus intéressant (voir annonce en pied de page), inhabituel, admirablement traité par Monsieur André Comte-Sponville. Mais quelle fut ma surprise lorsque dans un deuxième temps Madame Lytta Basset prend la parole et nous fait un témoignage personnel d’une demi-heure, suivit du “sermon” Powerpoint de Monsieur François-Xavier Amherdt…

Madame Lytta Basset à cru bon de nous soumettre – nous imposer – le témoignage de son drame vécu, du vide spirituel qui suivit et de sa reconstruction par le souffle divin à travers son entourage. Certe, je suis simpliste, mais bon, il ne s’agit pas ici de faire un débat…

Suivit de Monsieur François-Xavier Amherdt qui avec un certain “humour”… nous impose un sermon accompagné d’un Powerpoint qui anticipe sur ses paroles. Certe, je suis toujours aussi simpliste, mais bon…

Madame, Monsieur, j’ai le sentiment que le débat prévu c’est transformé en un exposé de points de vue. Pensez-vous qu’en présence d’un philosophe renommé, traitant d’un sujet original, il était nécessaire d’en ajouter autant?

Lorsque le publique se déplace suite à une annonce (voir ci-dessous), il est en droit de s’attendre à un vrai débat correspondant à l’annonce et ne pas se voir soumettre trois conférences à la suite! Il aurait été sage et humble de votre part de faire le débat par quelques questions/réponses courtes pour développer le sujet, exposer quelques avis brefs, plutôt que de tenter de “prendre la main”.

J’ai senti le besoin de Monsieur François-Xavier Amherdt de se rendre plus important que l’invité et de Madame Lytta Basset de justifier la foi par son expérience dramatique.

Pour terminer, non sans humour sarcastique, par ce que finalement, le débat autorise quelques petites attaques (Madame, le conférencier ne vous a pas manqué de respect…), je dirais, de grâce, à l’avenir, gardez ce genre d’interventions pour ceux qui viennent vous écouter dans vos lieux de culte ou dans votre sphère privée… Je venais écouter précisément le contraire de ce que vous avez voulu nous faire entendre, discours entendu mille fois déjà…

Finalement, je soupçonne  l’organisatrice d’avoir organisé un débat avec une personnalité pour nous concocter une séance de prosélitisme ;-)

L’annonce de la conférence sur le site de L’EPFL :

Le philosophe André Comte-Sponville, invité de l'aumônerie UNIL-EPFL

Une sagesse sans Dieu, par André Comte-Sponville

La soumission à Dieu, très peu pour lui. L’espérance, pas non plus son genre. Le philosophe André Comte-Sponville prône cependant une forme de spiritualité pour nourrir sa pensée matérialiste et rationaliste. Il est l’invité de l’aumônerie UNIL-EPFL.

La philosophie est un travail théorique qui tend vers la sagesse, le repos, affirme André Comte-Sponville. Elle a besoin pour y parvenir d’une alliée qui plonge dans la pratique: la spiritualité. Dans «L’esprit de l’athéisme : introduction à une spiritualité sans Dieu» (Albin Michel), le philosophe français revendique une sagesse du «gai désespoir», autrement dit une spiritualité de l’amour, fidèle à certaines valeurs judéo-chrétiennes, et non de l’espérance puisqu’il ne croit pas en Dieu.

Il s’agit d’expérimenter à la fois le tragique de notre condition, l’impermanence, la solitude, et la joie d’une présence au monde qui ne promet rien d’autre puisque «tout est là». Or si tout est là, ou si la nature est Dieu, comme le pensait Spinoza, cela veut dire qu’il n’y a pas de Dieu transcendant. «L’éternité, c’est maintenant», soutient Comte-Sponville qui, à la différence de Spinoza, ne croit pas que la nature pense : «C’est en quoi je suis athée, et non panthéiste». Le sage stoïcien vit au présent et le mystique le rejoint dans la plénitude de la relation avec Dieu ou avec le cosmos. Avant Comte-Sponville, l’écrivain Romain Rolland parlait de «sentiment océanique», de fusion par-delà les mots ou de confusion entre le soi et le non-soi. Freud, à la même époque, analyse plutôt le sentiment religieux comme la quête d’une figure protectrice, autrement dit une régression de l’adulte vers les émotions de l’enfance. La spiritualité proposée par Comte-Sponville ne cherche pas l’espérance et la consolation : «Il ne faut compter, dit-il, sur aucun autre amour que celui, parfois, dont nous sommes capables» (entretien avec Marc de Smedt dans le magazine Clés). Autrement dit, il n’y a pas de toute-puissance de l’amour et la mort hélas est plus forte que l’amour. «Quand un enfant meurt, ses parents ne peuvent l’empêcher de mourir». Ou encore : «Nous pouvons aimer les morts mais rien ne m’autorise à penser que les morts puissent nous aimer» (interview dans Croire.com).

Spiritualités de l’immanence

L’Occident chrétien n’a pas le monopole de la spiritualité car celle-ci ne se résume pas à une religion, à une croyance en Dieu ou toute autre forme de transcendance. Comte-Sponville s’est tourné vers les sagesses grecques anciennes, d’une part (épicurisme, stoïcisme), et les pratiques orientales, d’autre part, qui sont des «spiritualités de l’immanence». Il évoque le sentiment d’être un avec tout, «mais ce tout n’est pas quelqu’un». Autres piliers de sa sagesse : la morale des Evangiles, le naturalisme classique (spécialement Spinoza) et les matérialistes français du 18e siècle (Diderot notamment) «qui se prolongent en fait jusqu’à Marx ou Freud».

La rencontre proposée par l’aumônerie de l’UNIL et de l’EPFL s’annonce passionnante. Après la conférence d’André-Comte Sponville, un débat suivra avec les théologiens Lytta Basset et François-Xavier Amherdt.

  • Une spiritualité sans Dieu? – conférence et débat – mardi 17 mai 2011 à 18h15, Rolex Learning Center (forum) EPFL

 

 

About ab

Check Also

Arnaque de la bague en or

Cet après midi, je sors de ma voiture, un individu se baisse et ramasse quelque …

6 comments

  1. François-Xavier Amherdt

    Monsieur,

    Merci de votre message et de votre lettre ouverte !

    1. Je vous sais gré de votre franchise, j’apprécie. C’est votre droit, évidemment, de ne pas avoir apprécié ce que j’ai essayé de transmettre hier soir.

    2. Je ne parle que pour moi, je ne puis engager Lytta Basset dans mes propos ni réagir à sa place.

    3. C’est à l’aumônerie de l’EPFL que vous devez vous en prendre, si vous avez l’impression que vous avez été “trompé” sur la marchandise hier.
    Je m’en suis tenu en ce qui me concerne strictement à ce qui m’avait été demandé : en 15 minutes, entrer en dialogue et émettre des questions critiques à l’adresse de la spiritualité sans Dieu d’André Comte-Sponville. Mon exposé n’a pas excédé ces 15 minutes imparties.

    4. J’ai opté pour la forme du power point, précisément pour être clair, succinct, structuré, et présenter en peu de temps des interpellations à mon prestigieux interlocuteur. C’est
    votre droit de ne pas avoir apprécié la forme que j’ai adoptée.

    5. Je suis extrêmement surpris que vous parliez de mon “sermon” : mon exposé était rationnel, académique, structuré (je vous l’ai mis ci-joint). Il abordait selon trois aspects la spiritualité sans Dieu d’A. Comte-Sponville et, exactement comme vous le souhaitez, il se terminait par trois questions courtes pour lancer le débat.

    6. Je suis très surpris que vous disiez que j’ai tenté de “prendre la main”, alors que j’ai parlé en dernier, en tout15 minutes, tandis que M. Comte-Sponville a parlé environ 40 minutes et a ensuite répondu pendant plus de 20 minutes à nos interpellations
    et a eu la plus grande place dans les réponses aux questions de la salle.
    D’autre part, ma petite rhétorique faisait bien pâle figure à côté de la brillance qu’il a déployée.

    7. Je suis d’autant plus surpris de votre avis que M. Comte-Sponville m’a très chaleureusement félicité pour mon intervention et m’a remercié à deux reprises, lors de la soirée qui a suivi le débat, pour mon interpellation.

    8. La salle a exprimé d’ailleurs également sa réaction, et je ne suis de loin pas sûr que si j’avais vraiment fait un “sermon”, les gens auraient réagi aussi positivement.

    9. Enfin, il me paraît légitime de la part des aumôneriers catholique et protestante de donner la parole à ceux disent croire en Dieu, après avoir fait une place aussi large et centrale à quelqu’un qui se dit athée. Le contraire serait étonnant et inquiétant.

    10. Quant à mon humour, votre avis ne semblait pas partagé par un bon nombre des personnes présentes dans la salle…
    Mais c’est bien sûr votre droit de ne pas le goûter.

    Je souhaiterais beaucoup avoir votre réaction à ma réponse.
    Merci d’avance.
    Bien à vous.
    FX Amherdt

  2. André Balestrini

    Bonsoir Monsieur,

    Merci à vous pour votre prompte réaction.
    Pour faire bref, il est vrai que je suis un peu taquin et que mes remarques sont celles d’une personne agacée.

    En effet, vos trois questions sont bien à la fin de votre exposé qui n’est pas vraiment un sermon*. Je pense qu’elles auraient été suffisantes et que la masse qui précède aurait pu ressortir ou non durant le débat attendu, qui fut beaucoup trop bref à mon sens. Il est normal que la soirée soit focalisée sur l’invité et qu’il bénéficie de plus de temps. Quand à votre humour, là aussi, je suis taquin. Vous avez effectivement un certain humour.

    *J’ai ressenti dans vos paroles le besoin de justifier la foi, la religiosité, d’où ma remarque “sermon”. Une bonne partie de votre exposé passerait très bien dans un culte. Je persiste à penser que ce n’était pas le lieu ou le moment adéquat et que des questions/réponses immédiates auraient suffit à élever le débat.

    Ceci dit, je ne prétends pas être une référence et ne représente certainement pas une majorité quelconque. Vous aurez compris que j’ai été agacé et frustré d’un débat trop court. Mais finalement, j’ai apprécié cette soirée et je ne regrette pas d’y être venu. C’est toujours utile et agréable d’activer nos neurones :)

    Bonne suite, salutations, andre.

  3. Cher Monsieur,

    Merci pour votre message et pour votre lettre ouverte. Vous ne m’en voudrez pas si je vous trouve trop sévère avec Lytta Basset et François-Xavier Amherdt. Chacun, dans ce genre de débat, est libre de sa parole, et ils ont assumé l’un et l’autre cette liberté avec authenticité et sérieux. Il était normal, dans une réunion organisée par une aumonerie, que le point de vue des croyants puisse s’exprimer. Quant à la forme de leurs interventions (le PowerPoint, l’humour, le témoignage personnel…), je sais trop combien c’est un exercice difficile que de parler en public – dans un temps limité et sur des sujets complexes – pour pouvoir m’associer à votre “coup de gueule”. Je garde quant à moi un bon souvenir de cette soirée, et je crois que c’est le cas aussi de la très grande majorité de ceux qui y ont assisté (plusieurs me l’ont dit).

    En revanche je suis sensible, cela va de soi, à l’attention généreuse que vous avez bien voulu prêter à mes propos.

    Bien cordialement.

    André Comte-Sponville

  4. Monsieur,

    Merci pour votre réponse.
    Il est vrai que que je suis assez sévère, en même temps c’est leur métier de s’exprimer en public… Je suis également sévère en vers moi même pour ce qui concerne mes travaux.
    Mais comme je l’ai dit à Monsieur François-Xavier Amherdt, je suis assez taquin.
    J’ai l’habitude de débattre avec mes amis qui viennent de divers milieux (protestants, catholiques, musulmans, athée) et malgré quelques désaccords nous gardons toujours une grande amitiés et un respect mutuel.

    Dans tous les cas, je ne regrette pas d’être venu à cette soirée!

    En 2009, j’ai vécu une année particulière. Le sens de la vie m’a paru clair: “Il se résumerait, très brièvement, à un passage dans un monde ou l’on participe à quelque chose, une grande construction pour certain ou destruction pour d’autres, pour enfin disparaître à jamais.
    Rien de plus naturel, pourquoi en attendre plus? J’ai compris que seul le présent existe en substance. Bien que nous soyons nourrit du passé et des attentes futures, c’est bien le présent qui est toujours là et qu’il faut vivre pleinement à essayer de faire au mieux selon nos convictions.
    Vous comprendrez ma surprise en découvrant vos textes qui expriment “ce sens de la vie” bien plus clairement que ce que je pourrais le faire. Je vous en remercie.

  5. ce qu’on appelle être taclé : il ne faut pas allerjouer dans la cour des grands !

  6. Bonjour Kipiqaki,
    Pouvez-vous préciser :)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *